La Geronsia face à l’échec de Kodjo et consorts. Dialogue : Frédéric Boyenga propose une 3ème voie !

Il vient de produire une profonde réflexion sous forme d’un plan de relance de l’initiative du dialogue. Frédéric Boyenga Bofala entend ainsi susciter au sein de la communauté nationale, un débat de fond sur les objectifs et les moyens d’une action pour sortir de l’impasse, relancer et achever le processus électoral et démocratique en RDC. Il propose la «Geronsia », c’est-à-dire, la mise en place d’un Conseil National des Anciens pour la facilitation et la coordination du dialogue ultime et éclairé qu’il appelle Synode.

La Geronsia serait une chambre à part entière de sages congolais dont la composition et les attributions seraient réglées par la Constitution. Y siègeront : les personnes ayant siégé au Conseil national des Anciens, ainsi que les Chefs coutumiers et traditionnels du pays. Le Conseil devrait élire en son sein, un président avec le titre de Haut médiateur de la Nation, un Secrétaire et un Porte-parole qui seront chargés de la gestion administrative et de la coordination technique du Synode. Le Conseil aura à effectuer tout le travail préparatoire de consultation des forces politiques, négocier les critères de participation, arrêter et faire valider la liste de participants et adresser les convocations. Sur base de ce travail préalable, l’Etat devra allouer un Budget conséquent au Conseil des Anciens pour couvrir l’ensemble de besoins pour l’organisation du Synode.

Selon Frédéric Boyenga, son Synode, qui constitue une troisième voie, est une nécessité dans la mesure où toutes les tentatives de dialogue entreprises par la Communauté internationale, dans un premier temps par Monsieur l’Ambassadeur Saïd Djinnit et reprises de manière formelle et intensive par l’Union Africaine via la personne de Monsieur Edem Kodjo, n’ont pas abouti. Il n’est pas favorable aux facilitateurs extérieurs qui ne maîtrisent pas, d’après lui, les réalités nationales congolaises. Les Congolais doivent reprendre l’initiative du dialogue et se parler directement. Une démarche supra-politique, affirme-t-il. L’idée étant d’atténuer certaines attitudes contre-productives d’un activisme quasi conservateur d’une partie non négligeable de la majorité politique et de l’actionnisme émotionnel d’une partie importante de l’opposition politique, afin de remobiliser le pays pour cheminer, ensemble, dans un dialogue réconciliateur pour sortir le pays de l’impasse.

S’il reconnaît aux acteurs politiques, la liberté d’accéder au pouvoir, il estime que l’intérêt supérieur de la Nation doit être privilégié.

Frédéric Boyenga Bofala prend position contre toute élection présidentielle dans la précipitation inconsidérée. Il s’oppose à la politique du « ôte-toi de là que je m’y mette ». Il voudrait que les Congolais se prononcent d’abord sur le projet au lieu de se prononcer sur un homme, soit-il providentiel et/ou adoubé. Autrement dit, que les Congolais votent pour un projet, mais surtout qu’ils votent pour le changement dans l’intérêt supérieur de la Nation et non pour «chasser un homme».

Frédéric Boyenga était déjà à Kinshasa entre le 26 janvier et le 7 février 2015. Il avait contribué au débat politique en proposant un plan d’action pour débloquer de manière responsable la situation politique en RDC. Dans sa publication, il démontrait que, du point de vue juridique, une déclaration d’immutabilité constitutionnelle absolue, n’était pas concevable.

La Pros.


 L’Appel de Frédéric Boyenga aux Congolais

Mes chers compatriotes,

Pourquoi relancer l’initiative du dialogue politique du peuple congolais ? En effet, malgré les efforts de M. Edem Kodjo, facilitateur de l’Union Africaine (UA) appuyée par l’ONU, pour la mise en œuvre d’un dialogue véritablement crédible, constructif et inclusif, force est de constater que toutes les tentatives de dialogue entreprises par la Communauté internationale, dans un premier temps par Monsieur l’Ambassadeur Saïd Djinnit et reprises de manière formelle et intensive par l’Union Africaine en la personne de Monsieur Edem Kodjo, n’ont pas abouti. Il est donc impérieux que les Congolais reprennent l’initiative sur le dialogue. Les Congolais doivent parler aux Congolais. C’est la raison pour laquelle je relance l’initiative du dialogue et ce, dans un cadre strictement national. Ce sera là le test de notre maturité politique et le monde extérieur appréciera. Nous avons l’obligation de réussir à remobiliser le pays autour de ce dialogue.

Quelles que soient nos rancunes, nous devons être maîtres de notre destin. Il faut relancer le dialogue et y aller. Les Congolais doivent parler aux Congolais. A l’heure actuelle, une inquiétude se développe au sein de la Nation congolaise quant à l’avenir du processus démocratique.

Ce sentiment, qui se généralise, traduit une prise de conscience croissante des conséquences tragiques d’une conflagration résultant des affrontements entre la majorité présidentielle et l’opposition. Les hommes politiques se doivent de donner une réponse positive aux attentes légitimes du peuple congolais. Si l’on veut sortir de l’impasse politique et faire bouger cette société bloquée qu’est devenue la République Démocratique du Cogo, il faut absolument secouer le carcan que font peser sur elle les ambitions légitimes mais égoïstes.

A quelles conditions et au prix de quelles contraintes l’action collective nationale, c’est-à-dire l’action organisée des hommes politiques pour un dialogue national, est-elle possible pour sortir le pays de l’impasse ? La liberté des acteurs politiques pour accéder au pouvoir est un fait, l’intérêt supérieur de la Nation en est un autre. Comment ces deux réalités peuvent s’articuler pour définitivement sortir le pays de l’ornière ?

Je le sais, toutes les négociations ne se ressemblent pas. Il y a les positions particulières des uns et des autres, la psychologie des interlocuteurs, les contraintes qui pèsent sur eux. Il faut tenir compte de tous ces paramètres si nous voulons réussir ce dialogue. Ensuite, il faut écouter chacun, voir ce qui est possible à partir de cette crise assez dramatique. Il faut trouver un moyen de réunir les Congolais. L’idée pour moi c’est de faire appel aux anciens. Je suis convaincu que nous serons bien aidés par nos anciens pour relancer cette initiative du dialogue. Ils ont été tellement délaissés au profit des facilitateurs extérieurs ne métrisant aucunement nos réalités nationales, qu’ils apprécieraient qu’on leur donne un rôle à leur mesure à jouer dans ce processus de dialogue national. Je pense qu’ils sont capables de rassembler autour d’une même table des acteurs aux appartenances multiples.

Je propose dans mon plan pour sortir le pays de l’impasse une troisième voie d’action politique fondée sur un dialogue politique ultime et éclairé que j’appelle Synode. Cette troisième voie ou voie de la synthèse et de la réconciliation sera rendue possible par la mise en place d’un Conseil National des Anciens pour la facilitation et la coordination du dialogue et j’invite toutes les parties prenantes congolaises à lui apporter leur entière coopération.

Ma démarche en l’espèce est supra-politique. Cette troisième voie réunissant tous les Congolais a pour raison d’être d’atténuer certains attitudes contre productives d’un activisme quasi conservateur d’une partie non négligeable de la majorité politique et de l’actionnisme émotionnel d’une partie importante de l’opposition politique, afin de remobilise le pays pour cheminer ensemble dan un dialogue réconciliateur pour sortir le pays de l’impasse. Ce dialogue répondre aux impératifs d’une politique nationale et unificatrice.

J’ai toujours pensé que quel que soit l’enjeu que représente l’alternance, il ne défaut pas non plus plonger la République Démocratique du Congo dans le chaos. La démocratie demeure notre inspiration, nous ne le perdons jamais de vue mais il faut emprunter un sentier ardu et faire attention où l’on marche. Ce dont je suis certain, c’est qu’il y aura l’alternance. Mais prenons le temps nécessaire pour l’organiser afin qu’elle soit démocratique. C’est pourquoi j’appelle à la relance de l’initiative du dialogue national. L’enjeu est donc historique, tant l’exaspération, le désespoir et la colère peuvent pousser une majorité de Congolais vers le pire. Notre pays traverse une crise de confiance que les responsables politiques reçoivent de plein fouet.

La caractéristique de la société congolaise aujourd’hui est l’absence d’espoir alors que le but de la politique est justement d’en donner un. Tant de Congolais ont renoncé. Renoncé à croire que demain la vie au Congo peut être prometteuse. Renoncé à la promotion sociale pour leur famille. Renoncé à un avenir plus heureux pour leurs enfants. J’ai beaucoup réfléchi sur ces questions durant mon séjour à Kinshasa. Le plus terrible c’est l’exclusion sociale, le sentiment pour bon nombre de congolais que, quoi que vous fassiez, où que vous soyez, vous n’arrivez pas à vous en sortir. Prenons garde ! Quand le désespoir devient mobilisateur tout peut arriver. La question sociale doit être au cœur du renouveau démocratique. Le progrès démocratique conditionne le progrès social. Le progrès social conditionne le progrès économique. Le progrès social est aujourd’hui un préalable à tout progrès démocratique, et je dirais, puisque la période est grave, à un sursaut national.

Je voudrais tant que la prochaine élection présidentielle que d’aucuns poussent les Congolais à organiser dans la précipitation inconsidérée, soit différente. La politique du « ôte-toi de là que je m’y mette », sans projet ni vision d’avenir pour le Congo, soutenue par certaines puissances occultes, ne répond pas aux intérêts supérieurs de notre pays. Que les Congolais se prononcent d’abord sur le projet au lieu de se prononcer sur un homme soit-il providentiel et/ou adoubé. Qu’ils votent pour un projet, mais surtout qu’ils votent pour le changement dans l’intérêt supérieur de la Nation et non pour « chasser un homme », pour un autre lendemain où beaucoup serait possible grâce à l’effort, au travail, au mérite. La politique du renouveau démocratique n’a pour moi aucun sens si elle ne se fixe pas pour but de donner un espoir à des millions de Congolais. Le point le plus important pour moi, c’est qu’il faut autant que possible, lorsqu’on choisirait le Président, éliminer les éléments passionnels, irraisonnés, accidentels. Les Congolais doivent être appelés à voter sur des idées, sur les projets, des programmes, sur les grandes orientations avant de se prononcer sur un homme. Et la cohésion nationale se créait autour d’un projet mobilisateur sur la nouvelle société congolaise ? Un projet exaltant mais rassurant élaboré sur la base des orientations et conclusions du dialogue national ultime ?

En présentant à la Nation congolaise et à la Communauté internationale mon plan de relance de l’initiative du dialogue, j’attends susciter au sein de la communauté nationale un débat de fond sur les objectifs et les moyens d’une action pour sortir de l’impasse, relancer et achever le processus électoral et démocratique en RDC. Il s’agit donc, pour moi, d’un document de réflexion et d’action destiné à l’ensemble des congolais et surtout des décideurs politiques, et qui s’inscrit dans la perspective même du projet global démocratique congolais.

En présentant à la fois de nouvelles orientations générales notamment la mise en place de la « Geronsia », un Conseil National des Anciens pour la facilitation et la coordination du dialogue, et un plan concret comportant une série des réformes constitutionnelles et administratives significatives et prioritaires accompagnées d’une méthode de travail, je suis convaincu de contribuer, pour ma faible part, à la relance nécessaire du processus de démocratisation de notre pays, dans une démarche inclusive et réconciliatrice.

En poursuivant l’action que j’ai entreprise du 26 janvier au 7 février 2016 à Kinshasa, je suis, en effet, convaincu que cette relance est aujourd’hui une nécessité politique et un impératif pour la stabilité de notre pays, dans la double optique de sortir le pays de l’ornière et de l’achèvement du processus démocratique et électoral.

Frédéric BOYENGA BOFALA