Chapitre introductif

Il n'existe pas de plus grande douleur au monde que la perte de sa terre natale, que l'effondrement de sa patrie et l'humiliation de sa nation.

Rien ne m'a autant affecté que la débâcle militaire et l'écroulement de la République au Congo-Zaïre depuis 1996, que la victoire aujourd'hui du Rwanda sur la République Démocratique du Congo et d'être ainsi entré en politique justement dans une période où la vie de mes compatriotes est marquée par la tristesse, l'accablement, le désespoir, voire la déréliction. Une période dure où notre beau pays poursuit son pèlerinage de la pauvreté, de la misère la plus sévère, la plus humiliante de notre histoire souveraine.

La défaite de l'armée zaïroise face à la coalition militaire rwando-ougando-burundaise, la soumission politique de la République Démocratique du Congo à la volonté des occupants m'ont complètement meurtri.

L'amour que j'avais pour notre espace régional s'était transformé en un ressentiment contre les auteurs de cette ignominie. Les événements ont démontré qu'il a bien existé une coalition contre notre patrie, une conspiration régionale contre la nation Congo-Zaïroise. Sinon comment peut-on expliquer que des Etats frères comme le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi puissent avoir l'audace de s'attaquer au Zaïre, mettre à genoux notre peuple et humilier ainsi notre patrie? Comment gagner une guerre alors que nos soldats démoralisés par leur situation sociale et professionnelle misérable et atteints psychologiquement par de fausses accusations de complicité avec les génocidaires hutus, pleuraient avec amertume à l'idée des morts rwandais qu'ils allaient faire tandis que les chefs de guerre rwandais dopés par l'amour sacrificiel d'une " cause ", pleuraient, eux, à l'idée des morts zaïrois qu'ils n'allaient pas faire ? Effusions altruistes de la " belle âme " face au réalisme sans perspectives du cynisme politique.

Par une propagande diplomatique zaïrophobe intense et savamment bien orchestrée, par une exploitation indigne de l'Horreur qui a frappé les populations tutsis au Rwanda, nos occupants ont faussement convaincu la Communauté des Nations civilisées de notre pseudo culpabilité sur l'instabilité et l'insécurité de la région, et par conséquent du bien fondé de leur agression sur le Congo-Zaïre en violation des règles pertinentes de la Charte des Nations Unies. Sinon comment peut-on expliquer l'impuissance ou du moins le manque de volonté ferme de la Communauté internationale à restaurer la paix dans la région de Grands-lacs et à imposer au besoin par la coercition, conformément aux dispositions de la Charte des Nations unies, le rétablissement sincère et définitif de l'intégrité du Congo-Zaïre ?

La défaite de ma patrie face à la conquête rwandaise m'a complètement anéanti. J'ai vécu ce désastre comme un tourbillon, une tornade qui soulève et emporte tout dans la déflagration eschatologique. L'effondrement du Congo-Zaïre est un crève cœur. Et comment devrait être présentée aux générations futures la justification de cette douloureuse débâcle? Et comment pouvons nous vivre avec une telle humiliation gravée dans l'âme.

Et pourquoi un tel mépris ? Nous payons le prix de quel tribut ? Rien ne peut justifier que l'on livre aux chiens l'honneur d'un peuple, même nègro-congolais et vaincu soit-il. Être aujourd'hui rangé dans la catégorie des moins que rien, dans la région de l'Afrique centrale, est un statut très difficile à porter pour tous les filles et fils du Congo-Zaïre. Seuls, ceux qui ont été condamnés à porter l'étoile jaune, ceux qui ont connus la diaspora et vécus dans l'errance forcée à travers les âges, ceux qui ont été spoliés et exploités peuvent comprendre notre détresse actuelle et mesurer le poids de notre douleur : une douleur indescriptible. La Communauté des nations civilisées est-elle consciente des conséquences dangereuses que pourraient faire naître la misère quotidienne de ce peuple congolais meurtri dans l'âme, et le risque d'une exploitation cultuelle néfaste, par des prophètes venus d'autres cieux, qui plane sur ce peuple accablé par une misère apocalyptique ? Comment peut-on rester insensible à l'effroyable situation humanitaire du peuple congolais. Je cherche à comprendre !

Le vendredi 25 octobre 2002, j'ai été invité par un monsieur ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui avait séjourné pendant plus de vingt ans au Zaïre en qualité d'entrepreneur en bâtiment. J'étais ému au plus haut point en l'écoutant. Le vieux gentilhomme paraissait trembler fort, quand il me dit d'un ton indigné et triste " que le Rapport final du groupe d'experts de l'ONU sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse du Congo, lui a laissé un goût amère sur l'avenir de notre pays, que la guerre n'est qu'un écran de fumée dont l'objectif est de permettre à une poignée de criminels maffieux assoiffés de pouvoir et d'argent, d'accumuler des richesses considérables par des pillages systématiquement organisés des ressources de notre pays ".

En même temps, il ne pouvait faire autrement que de dire avec indignation et tristesse que la guerre voulue longue a eu pour résultat un théâtre de désastre et de ruine : " l'extermination physique de plus de deux millions de congolais ; l'apparition de nombreux orphelins, veuves et handicapés physiques ; l'aggravation de la destruction des infrastructures économiques et sociales déjà largement entamée par les pillages orchestrés sous la deuxième République ; la destruction de l'écosystème, de la faune et de la flore, ainsi que celle des exploitations agricoles ; l'arrêt quasi total de la production économique obligeant les populations à vivre dans la précarité des activités de l'informel ; l'enrichissement éhonté d'une classe de prédateurs contrastant avec l'appauvrissement de la population congolaise " et, comme il commençait à pleurer doucement et tout bas, le plus profond abattement m'envahit le cœur et je ne pus retenir mes larmes. Mais lorsqu'il tenta de reprendre son discours et commença à exposer que nous étions obligés maintenant d'être prudents et de nous organiser pour faire face à une autre forme de combat plus cruel que ce que nous connaissions jusqu'à présent, que notre pays est exposé à un processus programmé de son éclatement, voire pire, sa disparition, alors je ne pus y tenir. Il me fut impossible d'en entendre davantage. Je quittai mon hôte, doutant pour la première fois sur les chances de survie de ma patrie.

Car ce que je venais d'entendre dire de la situation réelle de mon pays me révélait d'un seul coup, comme un éclair, une discordance dont je souffrais déjà depuis la débâcle de nos armées en octobre 1996 sans pouvoir me rendre compte exactement de sa nature et de ses causes. Brusquement, la nuit envahit mes yeux. Il était difficile pour moi d'être serein. Est-ce à dire que la sérénité des convictions avait cédé devant l'échéance de la dissolution imminente ? Dans une méditation plus qu'enfantine j'ai demandé en implorant le Premier ministre Patrice Emery Lumumba, le Président Joseph Kasa vubu, le Président Mobutu Sese Seko, le Premier ministre Moïse Tshombe et le Président Laurent-Désiré Kabila de nous dire ce que nous devons faire, mais aussi ce qu'ils auraient fait aujourd'hui à notre place ?

Aujourd'hui je ne sais plus qui est notre véritable et redoutable ennemi ! Quelle détresse que de voir notre Congo-Zaïre redevenir, quarante années après la fin de sa colonisation, " ce magnifique gâteau africain " partagé par de pirates négro-africains en complicité avec des coursiers et commissionnaires congolais. Et ces " collabos " congolais servent leurs maîtres avec un zèle qui dépasse même le dévouement de l'esclave candidat au statut d'affranchi. Quelle tristesse. Plus de cinq années de tortures et de misères où le peuple du Congo-Zaïre a perdu tous repères identitaires, et est réduit au rang d'inférieur. Quelle déchéance. Les tombes n'allaient-elles pas s'ouvrir, de ces millions de patriotes qui sortirent un jour des tranchées de nos terres orientales du Kivu, de Maniema et de Kisangani, de nos terres de l'Equateur, du Kuilu et de Kwango, de nos terres du Katanga, du Kasaï et du Bas-Congo pour ne plus jamais revenir ? Ne devaient-elles pas s'ouvrir et envoyer, comme des fantômes vengeurs, nos martyrs, couverts de boue et de sang, vers la patrie qui, dans une telle dérision, les frustrait du suprême sacrifice que l'homme politique congolais peut faire à son peuple ? Est-ce pour cela que sont morts deux millions de nos compatriotes ? Est-ce pour cela que des enfants soldats (Kadogo) ont servis de chair à canon ? Est-ce le but du sacrifice que la mère zaïroise offrait à la patrie, lorsque d'un cœur douloureux, elle laissait partir pour ne jamais les revoir ses enfants infiniment chers ? Est-ce pour cela que les filles et fils du Congo-Zaïre souffrent de faim et de soif, et meurent de maladies telles que la typhoïde, le cholera, la tuberculose, et qui ont depuis longtemps disparu de l'espace sanitaire des Etats dignes et responsables?

Tout ceci ne s'est-il passé que pour qu'une poignée d'hommes pût mettre la main sur la patrie? Comment dire à ce genre d'hommes ce que le Congo-Zaïre représente pour moi. J'ai vécu des nuits d'insomnie durant lesquelles naquit en moi un ressentiment, je dirai même un mépris contre les auteurs de ce désastre.

Toujours est-il que depuis le jour où je m'étais trouvé à Kinshasa en juillet 1993 sur la tombe de ma sœur aînée, je n'avais plus jamais pleuré. Lorsque, dans ma vie de père de famille, le destin s'abattit impitoyablement sur moi, je sanglotai au fond de mon âme mais ma fierté se développa. Maintenant seulement je vis comme disparaît toute souffrance personnelle devant le malheur de notre patrie Congo-Zaïre. Mais le plus dur aujourd'hui est de vivre la victoire de l'" ex " occupant. En effet, même si le " retrait " des troupes étrangères de notre territoire a produit la plus merveilleuse impression que l'ennemi était visiblement déprimé pour continuer son offensive, il n'en demeure pas moins que nous devions nous en remettre à sa grâce, qu'il fallait accepter la paix avec la confiance dans la " magnanimité " de l' "ex " occupant. C'est, malgré tout, pour bon nombre d'observateurs de la crise congolaise et certains de nos compatriotes le renouveau de l'espoir de paix, mais de quel espoir de paix?

En ce mois d'octobre 2002, les hommes politiques du Congo-Zaïre réunis à Pretoria entreprenaient les derniers préparatifs, tant bien que mal, pour mettre un terme définitif à l'éternel déchirement intercongolais. C'est alors que surgit au Kivu le plus grand tour de coquin de toute la guerre. Il ne fallait surtout pas que les filles et fils du Congo-Zaïre se réconcilient ; lorsque les négociations inter congolaises semblaient avancer vers l'adoption d'un compromis politique pour la paix globale, on eut recours à un moyen qui semblait propre à étouffer d'un seul coup dans son œuf le processus de réconciliation nationale, afin de rendre impossible le rétablissement de la paix et de la République au Congo-Zaïre. On monta un conflit au Kivu entre les guerriers Maï Maï et les troupes du Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Les affrontements entre les Maï Maï et les troupes du RCD ont montré que le Congo-Zaïre n'était pas encore au bout de ses peines.

Si ce conflit réussissait, l'écroulement de notre patrie devait continuer et la fausse conviction de nos adversaires selon laquelle, les congolais sont incapables de s'entendre, de gouverner leur grand pays et de garantir la sécurité des Etats voisins, se confirmerait et pourrait justifier une éventuelle réoccupation de nos terres orientales. C'était mal connaître la détermination des filles et fils du Congo-Zaïre. Aussi je crois qu'il est aujourd'hui urgent de dire à la face du monde, non pas dans la mêlée, mais par-dessus la mêlée, que si d'octobre 1996 à mai 1997 on a vaincu le Zaïre et, depuis mai 1997 la République Démocratique du Congo est soumise à une occupation humiliante, on a pas pour autant vaincu le Congo-Zaïre réuni et uni en une et une seule entité étatique et spirituelle incarnée par l'emblème unitaire représentant les trois étapes de notre histoire souveraine.

Rien ni personne ne parviendra à éteindre les 8 étoiles dorées et le feu sacré du flambeau de notre emblème unitaire : symbole de la réconciliation nationale, de la réconciliation avec notre histoire, de la réconciliation avec nos morts, de la réconciliation avec tous les filles et fils du Congo-Zaïre qui sont morts pour la cause nationale, de la réconciliation avec tous les filles et fils du Congo-Zaïre martyrs de guerres et troubles qui ont déchiré notre patrie. Tout lecteur qui voudra bien lire " Congo-Zaïre Notre Cause " dans cette perspective, c'est-à-dire comme un document d'éveil patriotique, de lutte contre l'inconscience et contre la violence que subissent les filles et fils du Congo-Zaïre, admettra que je puisse dire maintenant que je n'en renie pas un seul mot.

Ce sont des écrits de circonstances et qui peuvent donc avoir un air d'injustice. C'est pourquoi je voudrais seulement prévenir un malentendu. Lorsque je dis " ennemis " en parlant bien entendu du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda, je ne veux pas dire que les peuples rwandais, burundais et ougandais sont des ennemis du peuple congo-zaïrois, je dénonce simplement avec force et conviction patriotique l'attitude guerrière et agressive, le comportement prédateur de certaines de leurs autorités à l'égard de mon pays et de son riche patrimoine. Pour reprendre un mot qui ne m'appartient pas, j'aime trop ma patrie Congo-Zaïre pour être nationaliste. C'est pourquoi j'aurais honte aujourd'hui si je laissais croire qu'un fils du Congo-Zaïre puisse être l'ennemi des autres nations de notre espace régional.

" Congo-Zaïre Notre Cause " est un message à mon peuple et ayant entre autres objectifs d'éclairer le combat aveugle où nous sommes et, par là, de rendre plus efficace ce combat de conscience et d'intelligence (Première partie), en même temps une ambition de paix et sécurité pour notre espace régional (Deuxième partie). En ce moment où l'ennemi continue, de manière sournoise et avec la complicité de certains des nôtres, à tuer et à détruire tout ce qui nous est cher, je forme des vœux d'espérance pour tous les filles et fils du Congo-Zaïre en m'adressant d'abord à ceux qui sont touchés dans leur chair par ce crime odieux, à ceux qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont loin de chez eux.

Ces vœux, je les forme également à toute la société civile patriote et démocrate, à tous les partis politiques démocrates, aux parlementaires debout, aux médias, à l'Eglise et aux organisations confessionnelles. Aussi je me permettrai de vous dire simplement : surtout ne perdez pas espoir. Je forme donc le vœu que nous puissions tous ensemble contribuer avec l'UNIR MN a plus d'humanité et à plus de dignité pour notre peuple afin qu'in fine, il puisse enfin disposer de lui-même et de sa terre. Pour le reste, que la providence dans son pouvoir nous accorde la force nécessaire pour résister au mal et à l'oppression ! Que la raison nous guide et que la volonté soit notre force ! Que la mission sacrée qui dicte nos actes nous donne la persévérance et que notre foi en notre patrie Congo-Zaïre reste pour nous l'arme suprême.