La démocratisation dans le contexte africain ne doit pas être entreprise à la légère ; c'est un projet qu'il faut édifier sur des bases solides. Aujourd'hui, le peuple du Congo-Zaïre en a une expérience plus que vague et les faits nous montrent qu'il ne suffit pas de décréter la démocratie pour qu'elle existe. Elle doit être conçue pour durer en évitant que des forces obscures ne viennent en détruire les acquis. C'est pour cette raison que le mouvement de réhabilitation doit insister sur l'émergence d'enjeux démocratiques rénovateurs qui serviront de point de départ à la construction d'un jeu politique sain et responsable. Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, la première étape dans cette démarche est la réconciliation des Congolais du Zaïre entre eux. Ensuite, le processus de démocratisation pourra alors se réamorcer à travers trois axes majeurs.

  1. La modernisation de l'architecture institutionnelle de l’Etat. Depuis 1997, le Congo-Zaïre vit dans une sorte de chimère constitutionnelle. Dès son arrivée au pouvoir le président L.D. Kabila a repris l'ancien nom du pays, l'ancien drapeau et l'ancien hymne national, alors qu'il n'a pas repris l'ancienne Constitution pour faire fonctionner les institutions de la république. Il a même abrogé par décret la Constitution de la république adoptée par la Conférence nationale souveraine. Finalement, à la différence de la dictature constitutionnelle de la période Zaïre, le régime instauré par le président Kabila n'est qu'un objet politique non identifié. L'imbroglio politico-juridique suscité par l'accession de son fils à la présidence de la République en est une illustration. Ce mépris des exigences élémentaires du droit et de l'Etat de droit souligne l'importance primordiale d'une redéfinition des pouvoirs publics constitutionnels dans le cadre d'une nouvelle Constitution. Le régime instauré le 17 mai 1997 par le président L.D. Kabila est une parenthèse à refermer pacifiquement dans l'histoire institutionnelle et constitutionnelle de notre pays. Nous devons mettre fin à la désacralisation de la fonction présidentielle, redonner un sens à la fonction ministérielle qui n'est aujourd'hui qu'une sinécure. Ce qui doit changer, c'est aussi et surtout un état d'esprit, une pratique de la politique et l'exercice du pouvoir par ceux qui reçoivent l'onction de l'élection et disposent constitutionnellement des leviers de commande pour assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat, pour orienter le destin de la collectivité nationale. Nous devons, dorénavant, faire passer l'exigence de justice, de responsabilité et d'éthique avant toutes les considérations qui ont joué un rôle majeur dans la dégradation de la vie politique dans notre pays.

  2. Préciser les règles d'un jeu électoral clair et responsable. La réconciliation des Congolais du Zaïre doit conduire à des élections libres et démocratiques afin que le pouvoir soit dévolu de manière pleinement légitime. Le Congo-Zaïre y gagnera aussi bien en stabilité qu'en rayonnement international.Tel est l'objectif primordial du projet "REFAIRE LA REPUBLIQUE".

  3. Encourager l'émergence d'acteurs politiques autonomes et responsables. Nous faisons appel à toutes les compétences susceptibles de contribuer à la réalisation de cet objectif. La démocratisation ne sera pas fondée sur des bases stables tant que des aventuriers de toutes sortes continueront de manipuler les foules en agitant des épouvantails. Il conviendra alors de doter l'opposition d'un vrai statut, de réguler et d'assainir le jeu politique en prévoyant des mécanismes publics destinés à assurer la stabilité financière des partis politiques les plus représentatifs(remboursement des dépenses électorales par exemple). Les lois électorales et politiques devront être élaborées de manière à inciter un regroupement des partis politiques sur des bases pluralistes évitant les fléaux de l'ethnisme et du régionalisme.

  4. Redonner confiance dans la vie publique, restaurer l'esprit civique, retrouver une conscience citoyenne et développer la citoyenneté au quotidien. Notre comportement citoyen qui se manifeste aujourd'hui par l'absence de tout esprit civique, révèle une discordance dont nous souffrons déjà depuis longtemps sans pouvoir nous rendre compte de sa nature et de ses causes. Comment exiger le patriotisme à un peuple qui n'a plus de repères républicains ? Le peuple du Congo-Zaïre doute de la vertu républicaine de ceux qui le dirigent. Il ne croit plus aux vertus de la politique. C'est la Patrie , là encore, qui s'en trouve affaiblie L'absence d'un Etat fonctionnel a fait perdre aux fils et aux filles du Congo-Zaïre les notions de Patrie, de Nation et de citoyenneté.

Il n'est pas concevable qu'un peuple puisse s'intéresser à la vie publique sans qu'on lui ait donné auparavant conscience de sa citoyenneté . Notre souci d'établir les bases d'un jeu politique autour d'enjeux démocratiques rénovants exige d'améliorer les condition d'exercice de la citoyenneté, de retrouver des valeurs de civilité et de civisme. Pour ce faire l’UNIR MN préconise la mise en place d’une Charte des droits fondamentaux et des obligations civiques du citoyen, dans laquelle seront définis nos droits civiques face à l'Etat, et nos obligations citoyennes envers l'Etat, l'instauration d’un service national de la citoyenneté, car seul celui qui aura appris à apprécier la grandeur historique et intellectuelle du Congo-Zaïre, pourra ressentir, et ressentira le sentiment de lui appartenir. On ne combat que pour ce que l'on aime ; on aime que ce qu'on estime ; et pour estimer, il faut au moins connaître.