RDC: Etre ou ne plus être

Face à la fièvre électorale, Boyenga invite ses compatriotes à ne pas se précipiter de manière inconsidérée.

Docteur en droit international public, président du parti UNIR MN (Union pour la République Mouvement national), âgé de 50 ans, Frédéric Boyenga Bofala évoque l’état de l’opposition non institutionnelle en RD Congo et commente quelques sujets sensibles de l’actualité congolaise et africaine. Il nous livre ainsi son point de vue sur les élections de 2011 et propose la création d’un «Conseil national de l’opposition non institutionnelle» ou «de la résistance» pour faire définitivement barrage à Kabila.---


FBB : Permettez moi, Monsieur Kwebe Kimpele, de dire au lecteur que l’interview que je fais avec vous, je l’avais déjà réalisée avec un journal en ligne dont la notoriété ne souffre aucune contestation. Mais comme nous divergions sur certains points, cette interview n’a pas été diffusée. Je formule toutefois à ce journal mes vœux de bonne continuation et de succès.

DKK : L’UNIR Mouvement National a organisé en mars dernier, à Bruxelles, une grande conférence animée entre autres par l’ex-sénatrice américaine Cynthia McKinney et le journaliste d’investigation Charles Onana devant plus 500 personnes de tous les partis congolais de l’opposition. Depuis lors, vous ne vous êtes plus exprimé. Comment expliquez-vous cette espèce de "tétanisation" qui semble affecter toute l’opposition congolaise?

FBB : Je me suis largement expliqué sur les objectifs de cette conférence dans l’entretien que j’ai accordé à Congoindependant le 15 avril dernier. Je vous invite d’ailleurs à le relire en profondeur. En substance, notre objectif était de rassembler les Congolais – au-delà des clivages idéologiques – pour leur permettre de débattre avec des intervenants qui ont, à travers leur expérience professionnelle et leurs recherches, une parfaite connaissance des vrais enjeux politiques au Congo et en Afrique centrale. Nous voulions que nos compatriotes puissent se forger ensemble et en toute lucidité une opinion claire des évènements et saisir la nature des voies et moyens susceptibles de sortir le Congo de la crise qui le déchire. C’est ainsi que nous avons également fait intervenir le professeur Emmanuel Nashi, un natif du Kivu.

DKK : Comment expliquez-vous l’absence de suivi ?

FBB : Nous ne sommes pas restés inactifs. La conférence a mis en évidence qu’il était indispensable que les principales formations politiques congolaises s’unissent et s’organisent structurellement. Après cette réunion, je me suis donc notamment entretenu avec des responsables de l’UREC. J’ai lancé des appels en direction de l’UDPS qui sont restés malheureusement sans suite. J’ai compris finalement que les Congolais ne sont pas encore prêts à s’unir pour affronter les vrais défis et trouver des solutions de manière concertée.

DKK : Quelle serait, selon vous, la cause de cette «impossible union» entre les forces politiques congolaises de l’opposition non institutionnelle? **

FBB : Ce sont nos égoïsmes. Ce sont nos égoïsmes qui nous empêchent d’arriver à des «solutions concrètes». Conséquence : les partis composant l’opposition non institutionnelle se comportent comme des simples groupes de pression. Sans projet ni perspectives.

DKK : Dans une récente intervention sur la «radio Bendele», le président de l’Apareco Honoré Ngbanda Nzambo a lancé un appel au rassemblement des forces de l’opposition. Il a dit notamment que «ce sont nos divisions qui font la force de ceux qui occupent le Congo». Que lui répondez-vous ?

je pense que l’opposition non-institutionnelle ou la résistance doit devenir une véritable force d’attraction

FBB : Les propos du président de l’Apareco sont exacts et je m'en félicite. M. Ngbanda se souviendra que lui et moi avons eu à échanger par deux fois, à Amiens et à Noisy le Sec, sur cette question de l’unité . Sans chercher à engager de polémique, il me semble qu’il devrait prêcher par l’exemple en posant des actes qui vont dans le sens de cette préoccupation. Pour ce qui me concerne, je pense que l’opposition non-institutionnelle ou la résistance doit devenir une véritable force d’attraction. Elle doit pour se faire s’organiser autour d’un projet crédible, une stratégie d’action déterminante pour le changement, un «messager crédible», des moyens financiers et d’une perspective stratégique conforme à l’intérêt général du Congo. J’invite en clair l’opposition non institutionnelle à s’organiser efficacement, car il en est encore temps, dans un «Conseil national de la résistance» ou un «Conseil national de l’opposition». Il s’agit de montrer au Congo et à la face du monde et de la communauté internationale organisée qu’une alternative existe. Et cela ne se peut qu’en mettant un projet au centre de nos actions. Je lance à cet effet un appel formel. J’entreprendrai dans les jours qui viennent des nouveaux contacts avec les acteurs de l’opposition. Je m’efforcerai de convaincre une dernière fois ceux de mes compatriotes qui, aujourd’hui, semblent avoir cédé à tort ou à raison, aux funestes pièges d'élections sans perspective pour le Congo.

DKK : En parlant d’un «messager crédible», voulez-vous insinuer qu’il faudrait organiser une sorte des «primaires» au sein de l’opposition non institutionnelle?

FBB : Je veux parler d’une personne capable d’incarner le consensus. L’ambition collective. Pourquoi pas une femme ?

DKK : Les politologues affirment que les gouvernants sont jugés sur base de leurs réalisations. Les opposants, sur la pertinence de leurs discours ou de leurs propositions. Comment expliquez-vous le silence qui caractérise l’opposition congolaise dans sa globalité? Une opposition muette n’est-elle pas une «opposition morte» ?

FBB : Permettez-moi de ne pas être d’accord avec vous. Cette opposition existe. Elle ne se résume simplement pas seulement aux partis politiques. Que constate-t-on ? Beaucoup de nos compatriotes concourent à la conscientisation de notre peuple. Ces derniers temps, je lis les interventions instructives et souvent engagées de beaucoup d’entre eux comme Mayoyo Bitumba Tipo Tipo, Tshiyoyo Mufonkol, Jean-Pierre Mbelu et tant d'autres… C’est une forme de lutte. Il n’y a donc pas de silence. Au contraire, ne voit-on pas les Congolais manifester en nombre à Bruxelles, Londres et Paris, chaque fois que les circonstances l’imposent, comme lors du récent passage de Paul Kagame à Bruxelles. Les hommes politiques sont loin d’avoir le monopole de la parole. Il nous revient de donner du corps à l’opposition non institutionnelle en l’organisant concrètement. C’est l’objectif que je poursuis à travers ma proposition de constituer un « Conseil national de la Résistance ».

DKK : Votre parti n’a pas dit un mot depuis l’assassinat de Floribert Chebeya, ce valeureux défenseur des droits humains. Six mois après, l’émotion s’est émoussée…

FBB : Votre question devait être adressée d’abord à l’opposition institutionnelle qui participe au pouvoir …

DKK : J’ai en face de moi un «opposant non institutionnel» et je lui pose la question…

Je constate que l’«émotion» est congolaise. Alors que la _«détermination» cynique se trouve du côté de nos adversaires

FBB : Floribert Chebeya était un ami. Mes pensées vont à ses proches et plus particulièrement à sa femme et ses enfants. Si je ne me suis pas prononcer publiquement après sa mort, c’est parce que, au-delà de la douleur, je suis conscient que ses assassins ont fait du Congo un non Etat. Nous devons avoir cela en permanence en mémoire afin de réfléchir et adapter nos actions en conséquence sans céder à l’émotion. Je constate que l’«émotion» est congolaise. Alors que la «détermination» cynique se trouve du côté de nos adversaires. La mort de Armand Tungulu nous rappelle cruellement cette nécessité. J’anticipe peut-être mais comment peut-on expliquer qu’après l’émotion suscitée par sa mort, le corps de ce jeune homme n’ait toujours pas été présenté à sa famille ? Nous devons savoir à qui nous avons affaire !

DKK : Raison de plus pour que les forces politiques de l’opposition sortent de leur mutisme …

FBB : Je ne peux pas parler au nom de l’opposition. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’en 2006, j’avais soutenu que l’UNIR MN refuserait toute forme de coopération avec l’intrigue et l’absurde. Quatre années après, notre position n’a pas changé. Je ne peux pas révéler ici les actions que mène notre organisation à l’intérieur du pays. Je regrette de vous dire qu’en l’absence d’une structure nous réunissant, l’«opposition non institutionnelle» n’existe que de nom ! Il y a en revanche des partis politiques qui travaillent en ordre dispersé. Si nous ne prenons pas la résolution de nous organiser, il y aura d’autres Chebeya et d’autres Tungulu. L’ennemi a compris que nous sommes un peuple émotif et amnésique. Il continuera de tuer aussi longtemps que nous ne serons pas organisés.

DKK : Dans une interview accordée à Congoindependant en avril dernier, vous avez déclaré notamment que «Joseph Kabila dirige le Congo sans repères». Un magazine pro-kabiliste édité à Londres le présente pourtant comme le «grand favori» aux prochaines élections. Faute d’adversaire. Qu’en dites-vous?

J’aimerais vous dire d’abord que les élections au Congo ne se gagnent pas dans les urnes.les élections au Congo se gagnent par des manipulations informatiques.

FBB : J’aimerais vous dire d’abord que les élections au Congo ne se gagnent pas dans les urnes. Elles se gagnent par des manipulations informatiques. Conformément à la Constitution, les candidats restés en lice lors de l’élection présidentielle doivent s’affronter lors d’un débat télévisé. L’objectif est d’éclairer le corps électoral dans son choix. En 2006, ce débat n’a pas eu lieu. Pourquoi ?

DKK : A votre avis …

FBB : La réponse est simple : le président sortant n’était pas en mesure de soutenir la confrontation entre deux projets. Aussitôt après la proclamation des résultats, le sénateur Jean-Pierre Bemba a dit : «nous avons accepté l’inacceptable». Les Congolais n’ont retenu que les mots. Ils ignorent pourtant le contenu de cette phrase lourde de signification.

DKK : Quel est, selon vous, le sens profond de cette phrase?

FBB : Tôt ou tard les langues vont se délier lorsque les résultats des élections de 2006 ne seront plus frappés du sceau du «secret».

DKK : Qu’en savez-vous ?

Joseph Kabila n’a jamais remporté la présidentielle de 2006

FBB : La vérité est simple : Joseph Kabila n’a jamais remporté la présidentielle de 2006. Je n’y reviens pas. Sauf pour dire que cette élection n’avait qu’un seul but : légitimer un homme. Ce qui me fait mal, ce sont les conséquences de ces consultations politiques. Ce vote a largement contribué au projet de balkanisation du Congo. Au moment où je vous parle, l’économie des provinces du Kivu est tournée vers le Rwanda. Et certains hommes d'affaires congolais qui tirent de cette situation d'avantageux bénéfices s'en félicitent. A la suite de la victoire de Kabila, il a été dit que tout l’Est swahilophone a voté pour le président sortant. J’ai la conviction que les Congolais natifs de cette partie du pays ne pensent pas en ces termes. Ce sont les médias étrangers en général et belges en particulier qui ont mis l’accent sur ces prétendus clivages pour montrer que le Congo était coupé en deux. D’un côté, les Swahilophones qui votent pour Kabila et de l’autre, les lingalophones qui ont choisi Jean-Pierre Bemba. Si c’était réellement le cas, Kabila n’aurait pas gagné. Pour la simple raison que le reste du pays est plus peuplé que l’Est. Ce qui me choque aujourd’hui en perspective des élections de 2011, c’est d’entendre certains originaires du Katanga clamer : «Pour 2011, c’est Kabila ou rien !». Est-ce parce que Kabila a le meilleur projet? Nullement. Est-ce parce qu’il serait un des «descendants» de Laurent-Désiré Kabila? A ce rythme, je crains que les Congolais soient demain les «architectes» de la balkanisation de leur propre pays.

DKK : Un exemple ?

...une décentralisation à visée fédéraliste avec pour objectif final l’émiettement du Congo.

FBB : Je prends le cas de la Constitution promulguée en février 2006. La décentralisation et le morcellement sont deux notions différentes. Lorsqu’on décentralise, on procède au transfert des compétences à un niveau local afin que les décisions soient plus proches de la population. C’est ce qu’on appelle «la démocratie de proximité». Ceux qui ont élaboré la Loi fondamentale actuelle se sont évertués à émietter le pays en 26 provinces. Ils ont mis en place, sciemment, une décentralisation à visée fédéraliste avec pour objectif final l’émiettement du Congo. Or, on ne devient pas un Etat fédéral par décret. La situation de la Belgique est un exemple patent. On pourrait citer aussi le Nigeria. Pour revenir à la situation dans notre pays, je constate, cinquante années après les indépendances, que l’idéologie politique n’a pas pris de l’ascendance sur l’ethnique. On vote pour un acteur politique non pas parce qu’il a le meilleur programme mais parce qu’il est issu de la même tribu que soi. Le jour où l’idéologie supplantera l’ethnique, nous n’aurons plus de crainte pour la cohésion nationale.

DKK : Que faire pour faire échouer ce que d’aucuns appellent déjà «le plan de balkanisation du Congo» ?

FBB : Ce «plan» ne s’arrêtera pas aussi longtemps que Kabila sera à la tête du pays. Lui donner l’onction du suffrage pour un nouveau mandat reviendrait à consolider le processus de balkanisation du Congo.

DKK : Que faire?

FBB : Les Congolais doivent d’abord se rassembler autour d’un projet crédible. Les moyens viendront simultanément dans le même mouvement. Le drame de notre peuple découle du fait qu’il attend que la «communauté internationale» change les choses dans notre pays en ses lieux et place. C’est aux Congolais de créer un nouveau rapport de force. Comme je vous ai dit dans le passé, tous les moyens sont légitimes dans les limites du possible.

DKK : Ne trouvez-vous pas troublant l’ampleur des moyens mis en œuvre pour «rétablir l’autorité de l’Etat» à l’Ouest de la RD Congo. On l’a vu au Bas-Congo, à l’Equateur et tout récemment à Kikwit, au Bandundu. Pendant ce temps, les pouvoirs publics congolais paraissent désemparés face aux groupes armés qui fleurissent tant dans les provinces du Kivu que dans la Province Orientale. N’y a-t-il pas un paradoxe ?

...l’Est du Congo est tourné vers le Rwanda"

FBB : Je vous ai dit que l’Est du Congo est tourné vers le Rwanda. Nous n’exerçons quasiment plus de souveraineté effective sur cette partie du pays. Fort heureusement, il y a des patriotes congolais natifs de cette région qui luttent pour faire échec à ce projet.

DKK : Prenant la parole lors de la sortie officielle de l’association «Tshisekedi for President», le président de l’UDPS a invité l’assistance à se conformer à la Constitution en participant aux élections de 2011. Qu’en dites-vous ?

FBB : Je n’ai pas de leçon à donner ni à l’UDPS, ni à son président que je respecte. Je suis seulement curieux de savoir pourquoi Etienne Tshisekedi n’avait pas tenu le même discours lors des élections de 2006. Pour légitimer l’élection de M. Kabila en 2006, on a opposé à celui-ci un adversaire de poids en la personne de Jean-Pierre Bemba. Je peux vous dire que Tshisekedi ne pourra pas battre Kabila. Non pas parce que le président sortant est plus populaire ou a le meilleur projet mais simplement parce que l’élection au Congo ne se gagne pas dans l’isoloir. Elle se gagne par des manipulations informatiques. Le président de l’UDPS se lance, à mon avis, dans une "expérimentation hasardeuse" qui risque de signer sa mort politique. Je voudrais demander au président Tshisekedi – un homme pour qui j’ai beaucoup de respect - de reconsidérer sa position en écoutant et en consultant.

DKK : Je m’adresse au juriste que vous êtes. Jean-Pierre Bemba se retrouve tout seul dans le box des accusés à la Cour pénale internationale alors que l’acte d’accusation transmis à La Haye par les autorités de Bangui est intitulé «L’Etat Centrafricain contre Ange-Felix Patassé». Bemba y est repris comme co-auteur. Comment peut-on expliquer l’absence des co-accusés centrafricains?

Notre pays n’aurait pas dû ratifier le Statut de Rome créant la CPI

FBB : Il y a un vrai déni de justice dans le chef de cette juridiction internationale. J’ai eu un pincement au cœur en suivant le déroulement du procès Bemba à La Haye. J’ai eu le sentiment que le procureur n’a instruit qu’à charge. Je n’ai pas fait des études de droit pour que la justice soit au service de l’injustice ou d’une cause occulte. Voilà pourquoi, je n’ai jamais été un admirateur de la CPI. Notre pays n’aurait pas dû ratifier le Statut de Rome créant cette juridiction. Il aurait plutôt dû soutenir la création d'une chambre pénale au sein de la Cour Internationale de Justice, le seule organe juridictionnel de l'ONU institué par la Charte de San Francisco et dont la compétence s'étend à tous les Etats membres. On aurait alors simplement ajouté une disposition sur la compétence universelle de cette chambre. Et cette compétence ne serait pas facultative. Revenons un peu aux faits. Il me semble qu’on oublie un élément essentiel en matière de responsabilité internationale des Etats. C’est ce qu’on appelle le «fait générateur». En 2002, M. Bemba, chef d’un groupe rebelle, est appelé au secours par un président démocratiquement élu. A l’époque, les combattants du MLC étaient reconnus par les Nations Unies comme une des forces belligérantes au Congo. J’aurai souhaité que M. Patasse se présente à la barre au même titre que M. Bemba parce que l’acte d’accusation est bien libellé «L’Etat Centrafricain contre Ange-Felix Patassé». Cela aurait été l’occasion de signifier à l’ancien président centrafricain les faits mis à sa charge. Il y a un problème. En effet, les combattants du MLC ont été déployés dans un pays souverain, au service du régime en place. Bemba n’a jamais été le président de la République Centrafricaine. Voudrait-on dire que les troupes du MLC s’y sont comportées en pays conquis au vu et au su de l’armée régulière centrafricaine? En tentant d’absoudre Patassé, la CPI est allée ultra petita. Au-delà de tout, l’affaire Bemba doit être l’occasion de nous livrer à une sorte d’introspection.

DKK : C’est-à-dire ?

Mon souhait est que M. Bemba explique sa célèbre phrase : «nous avons accepté l’inacceptable»

FBB : Je ne suis pas ici pour accabler le sénateur Bemba. Mais j’ai la conviction que nous sommes entrain de payer la rançon de nos propres turpitudes. J’ai toujours souhaité que M. Bemba explicite sa célèbre phrase : «nous avons accepté l’inacceptable». Il a prononcé ces mots après l’annonce de la "victoire" de Kabila. Il devrait éclairer l’opinion congolaise sur cette déclaration. Il doit s’exprimer.

DKK : Dans une interview accordée au quotidien bruxellois «Le Soir», daté du 7 décembre 2010, «Joseph Kabila» qui totalise, le 26 janvier prochain, dix ans à la tête de la RD Congo est apparu incapable dresser le bilan des réformes accomplies au cours de cette décennie. Selon lui, «il est difficile de parler d’un bilan maintenant» parce que «en 2001, le pays était dans un état de guerre, de division». Et «de 2001 à 2003, nous avons connu les négociations de paix. De 2003 à 2006, nous étions en période de transition. 2007 fut une année de planification, de négociations avec les partenaires, principalement la Chine. C’est seulement à partir de 2008 que la reconstruction a effectivement commencé.» Que lui répondez-vous ?

Le bilan de M. Kabila est négatif et très en deçà des attentes

FBB : Dans cette interview Monsieur Kabila dit clairement qu’après dix ans de pouvoir, soit deux mandats présidentiels aux Etats-Unis (4 ans le mandat), il n’est en mesure d’inscrire que quelques kilomètres de routes asphaltées à son bilan. Qu’en est-il de ses promesses électoralistes : régler définitivement la crise des Grands Lacs et de pacifier l’Est du Congo, mettre en place une armée nationale capable de répondre à toutes menaces, rétablir l’autorité effective de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, mettre en place un Etat impartial, promouvoir la bonne gouvernance, mettre l’homme congolais au centre des préoccupations économiques …En vérité son bilan existe et il est négatif et très en deçà des attentes. Je constate avec la communauté internationale que l’Est de la RD Congo n’est toujours pas sécurisé et que l’intégrité du territoire n’est pas du tout assurée. En dix ans, il a été incapable de définir une politique de négociation efficace avec les pays en belligérance avec le Congo. Il s’est contenté de renforcer sa relation personnelle avec Paul Kagame dont on connaît le rôle dans le processus de déstabilisation du Congo. Même en excluant les périodes difficiles de 2001 à 2006, Kabila a eu cinq ans pour créer une véritable armée nationale, procéder au recensement de population, rétablir l’autorité de l’Etat sur tout le territoire et notamment au Kivu, planifier et mettre en oeuvre un ambitieux programme d’urgence socio-économique qui réponde à l’intérêt général. Au lieu de cela il ne parle que de kilomètres de routes macadamisées. Rien dans ses propos ne témoigne de la moindre considération envers ses compatriotes. C’est pourtant pour cela qu’il a été "élu".

DKK : Vous persistez à soutenir que «Joseph Kabila» est chargé d’une «mission»?

M. Kabila a montré à la face du monde que le véritable «maître» du Congo s’appelle Paul Kagame

FBB : Nous sommes tous conscients que Kabila ne nourrit aucune ambition pour ce pays. Au contraire, il travaille chaque jour et à chaque instant à l’affaiblissement de l’Etat et à la ruine du peuple congolais et sous cet angle seulement, son bilan est «positif». Il ne donne à voir aucune perspective crédible, aucun projet et une perspective stratégique pour sortir le Congo de l’impasse. Et malgré cela, il veut encore solliciter l’onction du suffrage. Comment pourra-t-il accomplir en cinq ans ce qu’il n’a pas été capable de faire en dix ans? L’expérience «joséphiste» est une triste parenthèse de l’histoire politique du Congo que nous devons rapidement refermer. En retardant la parade prévue le 30 juin dernier jusqu’à l’arrivée du chef d’Etat rwandais, M. Kabila a montré à la face du monde que le véritable «maître» du Congo s’appelle Paul Kagame. A l’époque de Laurent-Désiré Kabila, n’avait-on pas présenté James Kabarebe comme un Congolais d'ethnie «Banyamulenge», ce qui lui avait valu d’être nommé à la tête de l’armée congolaise? Joseph Kabila n’était-il pas l’aide de camp de "James"? Je vous conseille d’interroger les ex-Faz sur les brimades qu’ils ont subies à Kitona. Tôt ou tard la vérité finira par triompher…Par quelle alchimie, le même Kabarebe s’est-il retrouvé au Rwanda d’abord en tant que chef d’état major de l’armée de ce pays avant de devenir ministre de la Défense? Il y a donc eu une usurpation de la nationalité congolaise.

DKK : A la suite du récent rapport de mapping l’ONU incriminant les autorités rwandaises, beaucoup de nos compatriotes réclament qu’une Cour spéciale voit le jour sous l’égide des Nations Unies pour juger des crimes dans la région. En tant que juriste de droit international et Président de l’UNIR, qu’en pensez-vous ?

la grande question qui n’est pas encore juridiquement tranchée est celle de la qualification des crimes commis au Congo"

FBB : La compétence de la justice congolaise ne souffre aucune contestation. Elle découle tout naturellement de l’article 6 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948 : «Les personnes accusées de génocide ou de l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article III (de cette convention) seront traduites devant les tribunaux compétents de l’Etat sur le territoire duquel l’acte a été commis, ou devant la cour criminelle internationale qui sera compétente à l’égard de celles des Parties contractantes qui en auront reconnu la juridiction». Si il est bien dommage que la compétence temporelle de la Cour Pénal Internationale (CPI) ne commence qu'après l'an 2002, tous les faits antérieures à cette période qui échappent donc à son jugement seront du ressort de la souveraine justice congolaise et ce conformément à l'article 6 de la Convention précitée. Parce qu'au Congo, il y a bien eu génocide, nous en sommes pour notre part convaincus. Toutefois la grande question qui n'est pas encore juridiquement tranchée est celle de la qualification des crimes commis au Congo. Certains évoquent le génocide, d’autres préfèrent parler de crimes à grande échelle. Rien est clair. C’est pourquoi sur cette question, pour ce qui nous concerne, le Congo demandera au moment venu un avis à la Cour Internationale de Justice (CIJ) conformément à l’article 96 de la Charte et du Chapitre IV du statut de la Cour.

DKK : Que vous inspire la situation post-électorale en Côte d’Ivoire ?

FBB : J’ai peur pour l’unité de la Côte d’Ivoire. Ce qui se passe dans ce pays d’Afrique de l’Ouest vient confirmer que l’Afrique est dirigée par des irresponsables. Je crois que la solution resterait dans une nouvelle élection sans Ouattara, Gbagbo et Bédié.

DKK : Voulez-vous dire que les Etats africains seraient «condamnés» à être dirigés par des despotes?

FBB : On peut prendre le pouvoir en Afrique par la violence et laisser un pays exsangue. Une exception : le Ghana. Lieutenant aviateur, Jerry Rawlings avait pris le pouvoir à Accra grâce à un coup d’Etat. Aujourd’hui, il a laissé un pays qui est devenu un modèle de référence. Je peux vous dire que je n’ai jamais été un partisan de la «démocratie électoraliste» primitive. Le cas de Rawlings montre que dans certaines circonstances, il est préférable d’être dirigé par un despote éclairé ayant le sens de la patrie et de l’intérêt général au lieu de participer à des parodies d’élections. Kabila a fait dix ans à la tête du Congo. Qu’a-t-il apporté comme changement dans la sécurisation de la nation et comme changement dans les conditions sociales de la population congolaise? Rien. Nous avons été piégés par ceux qui nous ont imposé l’élection comme commencement du processus démocratique de stabilisation du Congo. Il y a des préalables fondamentaux à observer.

DKK : Le mot de la fin Monsieur Boyenga ?

FBB : Pour conclure, j’invite mes compatriotes à ne pas se précipiter de manière inconsidérée dans des élections sans perspectives. Qu’ils prennent le temps de la réflexion approfondie parce que c’est maintenant que nous devons combattre l’absurde pour faire réapparaître l’Etat congolais. L’Etat légitime parce qu’il doit reposer sur l’intérêt et le sentiment de la Nation ; l’Etat dont la souveraineté réelle a été transportée ailleurs par cette arnaque politique d’outre tombe qualifiée d’accord global et inclusif ; l’Etat capable de rétablir autour de lui l’unité nationale et la cohésion sociale, de préserver l’ordre public, de faire rendre la justice et de commencer sa reconstruction. Et en définitive, je puis vous dire, Monsieur Kwebe Kimpele, au milieu des vicissitudes, du dénuement et de l’intrigue politique : aucun changement au Congo ne pourra se faire sans l’apport déterminant de l’UNIR MN.


-- Entretien réalisé par Dieudonné Kwebe Kimpele.