La réconciliation nationale

Je pense qu’il est impérieux, pour reconstruire ensemble notre patrie sur des nouvelles bases, de rétablir entre tous les congolais la Chaîne d’Union Nationale rompue par près de deux décennies de déchirures et par de regrettables exclusives

Patrice LUMUMBA
Premier Ministre
Patrice LUMUMBA
Joseph KASAVUBU
Président
Joseph KASAVUBU
Moïse TSHOMBE
Premier Ministre
Moïse TSHOMBE
Joseph MOBUTU SESE SEKO
Président
Joseph MOBUTU SESE SEKO
Laurent DESIRE KABILA
Président
Laurent DESIRE KABILA

Refaire la république doit être pour nous l'entreprise politique la plus ambitieuse qu'ait connue notre pays depuis son accession à la souveraineté. Elle constitue elle-même une réponse aux conflits politiques et aux crises internes et externes qui ont ruiné notre pays. L'entreprise passe avant tout par la réconciliation nationale. Aucun fils ou fille digne de notre pays ne peut prétendre résoudre seul la crise que traverse aujourd'hui notre pays. A défaut d'une réconciliation nationale, l'anarchie présente expose notre patrie à l'éclatement.

Poser ainsi les fondements d’une véritable réconciliation nationale entre toutes les populations, ethnies et tribus du Congo Zaïre comme préalable à tout processus de reconstruction de notre pays sur la base de l’adage E pluribus unum qui veut dire «un à partir de plusieurs», correspond à la réalité sociologique et anthropologique de notre pays. En effet, nous sommes un peuple, une nation à partir de plusieurs ethnies et tribus.

Lorsque l’on cherche à comprendre pourquoi la nation congolaise est tant éprise d’unité et de refus du communautarisme ethnique ou tribal, il n’est pas inutile de convoquer son histoire douloureuse et ses origines. Le Congo Zaïre est une nation créée par la colonisation belge au centre de l’Afrique. Sa particularité d’être une nation à partir de plusieurs peuplades, le Congo la doit probablement, à l’origine, à la taille de son territoire et à sa géographie au carrefour de l’Afrique centrale. Notre territoire est l’un des éléments fondamentaux de l’identité nationale, non seulement par la beauté et l’histoire de ses paysages, de ses forêts, de son fleuve et ses cours d’eaux, de ses vallées, de ses plaines, mais aussi par sa grande superficie et sa situation géographique en Afrique centrale, qui l’ont ouvert, dès l’origine, aux flux migratoires. Nous devons assumer d’avoir une identité commune et des origines diverses.

Pour nous la nation a plus d’avenir encore que de passé, elle n’interdit rien, ni la reconnaissance de la multiplicité des histoires individuelles faites souvent de cultures entremêlées et de métissage. Mais si les histoires individuelles sont multiples, l’histoire collective, l’histoire nationale est une.

Et je pense donc qu’il est impérieux, pour reconstruire ensemble notre patrie sur des nouvelles bases, de rétablir entre tous les congolais la Chaîne d’Union Nationale rompue par près de deux décennies de déchirures et par de regrettables exclusives.

En effet, éclairé par une étoile flamboyante venue de l’orient congolais et témoin de la tragédie que vivent les nôtres dans la Région des Grands lacs, notre mission sacrée est de rassembler ce qui est épars dans une chaîne d’union nationale: c’est-à-dire rassembler tous les congolais éparpillés sur la terre, tout en respectant leurs différences et leurs spécificités, dans la liberté de conscience politique, religieuse et philosophique et une parfaite tolérance. La diversité congolaise ne doit pas se transformer en cacophonie, elle doit plutôt nous rassembler dans une chaîne d’union nationale.

Et cette chaîne d’union nationale est illustrée par l’emblème de l’UNIR MN : symbole d’une nation assumant son passé, fière de son héritage et de ses valeurs, soucieuse de préserver sa cohésion pour se préparer à l’avenir.

La réunion délibérée des trois emblèmes nationaux dans notre emblème symbolisant la matérialisation de trois principales périodes historiques du Congo Zaïre en une seule et unique conscience, est l'illustration de la réconciliation. Cet emblème vise la réconciliation du peuple du Congo Zaïre avec lui-même, son génie national, ses traditions, son essence communautaire et avec sa foi en ses propres forces. Cet emblème, c'est aussi l’illustration d’une alliance qui rétablit le lien entre les ancêtres, la communauté des vivants et l'Être suprême.

Par la réconciliation nationale à travers cet emblème, nous voulons permettre l'établissement des dialogues des contraires. Cette réconciliation nationale, c'est aussi un contrat sacré et réfléchi conclu entre plusieurs fils et filles du Congo Zaïre aux aspirations différentes mais unis dans la volonté de se ressourcer dans les valeurs ancestrales tout en construisant un Etat moderne.

Pour réconcilier les fils et les filles du Congo Zaïre j'adresse un message simple à la nation :

« Ecoutons le message qui émane depuis une décennie, de nos tombes de l’ITURI, du KIVU, de Maniema, du Katanga, de l’Equateur, du Kasaï, du Bas Congo, du Bandundu, de Kisangani, de Kinshasa et de toutes les contrées du Congo Zaïre: la guerre est une chose horrible ! Gardons nous de l'oublier. Veillons à ce que les générations futures ne soient pas confrontées à nouveau aux larmes, au deuil et aux ruines. Renonçons à ce qui sépare. Recherchons tout ce qui nous unit. Nous devons nous admettre pour nous unir, pour revenir ensemble à notre propre source. »

Nous sommes nous-mêmes nombreux à avoir éprouvé les blessures de notre pays, à avoir connu le chagrin, la douleur des séparations, la présence de la mort, à cause tout simplement de l'inimitié des hommes du Congo Zaïre entre eux. Il faut transmettre, non pas cette haine, mais, au contraire, la chance des réconciliations que nous devons, il faut le dire, à ceux qui, dès 1958-1964, eux-mêmes ensanglantés, déchirés dans leur vie personnelle le plus souvent, ont eu l'audace de concevoir ce que pourrait être un avenir radieux, fondé sur la réconciliation nationale et sur la paix. Nous devons honorer nos morts, nous devons nous réconcilier avec nos morts. Au Congo Zaïre nous avons le respect des morts, et plus encore lorsque cette mort s'identifie aux sacrifices pour la patrie. Nous devons nous réconcilier avec notre histoire et sans esprit de revanche.

Nous devons reconnaître et assumer toute l'histoire, même la plus douloureuse de notre patrie. Telle est la justification de cet emblème unitaire.

Dans cet esprit, nous le demandons :

  • En mémoire du Premier ministre Patrice Emery LUMUMBA
  • En hommage au Président Joseph KASA-VUB
  • En hommage au Président Mobutu SESE SEKO
  • En souvenir du Premier ministre Moïse TSHOMBE
  • Au nom du Président Laurent-Désiré KABILA
  • Au nom de tous les fils et filles du Congo-Zaïre qui sont morts pour la cause nationale
  • Au nom de tous les fils et filles du Congo-Zaïre martyrs de guerres et troubles qui ont déchiré notre patrie

La réconciliation nationale est un moment essentiel dans la consolidation de la paix au Congo Zaïre et dans la sous région. Notre pays, qui est vaincu depuis près de deux décennies, a connu par la révolte du corps et de l'esprit devant l'horreur des massacres, de la misère, l'oubli de toutes les valeurs et de toutes les vertus humaines, de la vie, du respect de la vie, et donc de l'espoir. C'est pourquoi la réconciliation nationale, qui peut paraître comme un événement où la victoire et la défaite se mêlent, où chacun compte et pleure ses morts, en oubliant parfois de s'émerveiller que de ces morts soit née la prise de conscience de ce qu'une Nation peut faire et de ce qu'elle ne doit pas faire, de ce que l'avenir attend et de ce qu'il interdit, cette réconciliation nationale, donc, doit précisément être le moment d'une prise de conscience qui va changer le cours de notre histoire nationale.

La réconciliation nationale entre toutes les populations, ethnies et tribus du Congo doit être entreprise comme le préalable à la mise en place des bases d’un jeu politique clair et responsable, comme le préalable au processus de la refondation nationale. D’où l’importance majeure d’une opération de concorde civile sagement conduite par des hommes et des femmes politiques responsables.

La vocation de la réconciliation nationale est de s'unir, de se rassembler, de s'identifier au projet de reconstruction de notre pays. Nous ne préconisons pas une révolution brutale faisant table rase du passé. Bien au contraire, la réintégration de tous les acteurs dignes comptant derrière eux une grande partie de la population permettra une réconciliation effective et rapide.

La réconciliation nationale est aussi et avant tout une réconciliation entre les différentes générations. Bien que les générations post-coloniales constituent le fer de lance des mutations profondes que nous entendons imprimer à notre pays, il est évident que l'expérience accumulée par les générations précédentes reste précieuse pour l'édification d'une nouvelle et moderne République du Congo Zaïre.

Le premier acte de réconciliation nationale est l'institution d'un dialogue national souverain à Kinshasa, Capitale de la République. Il s'agit de la convocation immédiate d'une table ronde, d’une durée n'excédant pas 20 jours, des principaux acteurs politiques et de ceux de la société civile pour un nouveau consensus national.

La réconciliation nationale est, enfin, l'occasion pour la classe politique de demander et obtenir le grand pardon du peuple du Congo Zaïre. C'est dans ces conditions qu’une fois les esprits apaisés, pourra démarrer le processus de reconstruction de notre pays.